jeudi 31 mars 2011

Nusch Eluard muse et amour du surréalisme



Nusch Éluard, née Maria Benz le 21 juin 1906 à Mulhouse, commença sa carrière dans de petits rôles de théâtre à Berlin, dans les années 1920, elle part pour Paris, où elle se produit comme actrice, acrobate ou hypnotiseuse au théâtre du Grand-Guignol.

Nusch par Lee Miller

Surnommée Nusch par son père, elle renait sous le nom de Nusch Eluard en devenant la seconde épouse du poète surréaliste Paul Eluard en 1934.

Femme d'avant-garde, amoureuse, sensible et d’une extraordinaire simplicité, ignorant l’ambition, elle consacra sa vie à l’amour et devint, malgré elle, la merveilleuse inspiratrice du poète et une figure emblématique du Surréalisme.

Photographiée jusqu’au sublime par Man Ray, Brassaï, Lee Miller, Dora Maar, peinte et dessinée à plusieurs reprises par Picasso, elle fut un modèle, une muse, une icône. .

Nusch par Man Ray

Envoûté par son charme délicatement sensuel, ému par sa grâce éthérée, Paul Eluard a célébré son nom, son amour et sa liberté jusqu’à ce jour de novembre 1946 où elle décèda brutalement d’une hemorragie cérébrale.
                                                           Nusch et Paul Eluard par Man Ray
Je t'aime, par Paul Eluard est un poème sous la forme d'une déclaration d'amour à celle qui fut sa muse pour la vie.
                                                            Nusch par Man Ray
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie
                                                    Nusch par Dora Maar
Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.
                                                               Nusch photocollage
Nusch par Picasso

mardi 29 mars 2011

Sombres caprices entre Goya et Salvador Dali

"Ceux qui ne veulent imiter personne, ne créent jamais rien."(Salvador Dali)

C'est en 1799 que Goya, alors peintre officiel du roi Charles IV, achève, après trois ans de travail, sa « collection d'Estampes à sujet de Caprices ». Il y dénonce une société espagnole décadente et corrompue sous la forme de 80 gravures mettant en scène des personnages tirés aussi bien de la réalité quotidienne de l'époque que de la pure imagination fantastique et spirituelle. Reposant sur l'ironie et la satyre, les Estampes abordent des thèmes qui demeurent tout de même atemporels, tels: la superstition, l'illusion de l'Amour, l'hypocrisie, la contrebande, la justice, la noblesse..
Presque 200 ans plus tard, Salvador Dalí, qui ne cachait jamais le fait de s'être souvent réapproprié les oeuvres d'artistes célèbres, décide de revoir les Caprices de Goya à sa façon. La relecture ou plutôt la « dalinisation » des Caprices s'effectue selon une méthode, que l'artiste nomme Paranoïaque Critique. En d'autres termes, une « méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l'interprétation-critique des phénomènes délirants ». Concrètement, Dalí se contente seulement de "coloriser" les gravures noir et blanc de Goya en y ajoutant des formes et personnages surréalistes, tout en gardant les traits des gravures originales.



"Les erreurs ont presque toujours un caractère sacré. N'essaye jamais de les corriger."(Salvador Dali)
"Comme les homards, les jeunes filles ont l'extérieur exquis. Comme les homards, elles rougissent quand on veut les rendre comestibles."(Salvador Dali)
"Ne t'occupe pas d'être moderne. C'est l'unique chose que malheureusement, quoi que tu fasses, tu ne pourras pas éviter d'être."(Salvador Dali)
"C'est dangereux le succès. On commence à se copier soi-même et se copier soi-même est plus dangereux que de copier les autres... c'est stérile."(Pablo Picasso)
"Un artiste original ne peut pas copier. Il n'a donc qu'à copier pour être original."(Jean Cocteau)
 "Le sommeil de la raison engendre des monstres."(Francisco de Goya)

"La mort est aussi soudaine dans ses caprices qu'une courtisane l'est dans ses dédains, mais plus fidèle, elle n'a jamais trompé personne."(Honoré de Balzac)
"Il y a un sentiment de liberté à suivre ses caprices, et tout au contraire de servitude à courir pour son établissement : il est naturel de se croire digne de le trouver sans l'avoir cherché."(Jean de La Bruyère)
"Les caprices ont de la grâce, mais le crime est, pour satisfaire un caprice, d'éveiller une passion durable."(André Maurois)




dimanche 27 mars 2011

Spiritisme, occulte et photographie avec Mumler, Buguet et Arthur Conan Doyle


Je tiens à préciser que cette petite incursion dans l'histoire du spiritisme n'est pas destinée à discréditer cette pratique que je respecte particulièrement, il s'agit juste de partager quelques clichés que je trouve particulièrement pittoresques.
Il va de soi que dans toute discipline, il y a en opposition des personnes sincères et des opportunistes qui nuisent à celles-ci.


Apparu à la fin des années 1840, le spiritisme croit à la possibilité de communiquer avec l'esprit d'un mort ou de le faire réapparaître.


Dès les années 1860 aux États-Unis, puis à partir des années 1870 en Europe, plusieurs photographes, mettant en avant leurs pouvoirs médiumniques, se spécialisent dans la production de photographies montrant, à côte du modèle, l'effigie translucide d'une personne décédée ou l'apparition de phénomènes fluidiques.


Cette première phase de la photographie spirite, essentiellement mercantile, est marquée par de multiples procès qui, selon leurs verdicts, favorisent ou limitent le développement de la pratique. Les millions de morts de la première guerre mondiale sont à l'origine d'une forte recrudescence de la photographie spirite en Europe. C'est surtout en Angleterre que se développe cette deuxième phase de la photographie spirite, cette fois-ci davantage expérimentale que commerciale.


La photographie spirite du tournant du siècle dernier représente un véritable mouvement de caractère historique. Elle est pratiquée par des pseudo-scientifiques regroupés dans des associations ou par des amateurs.

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Monsieur Gueret et son frère noyé
Projetons-nous maintenant en 1873, au 5 de la Rue Montmartre, chez le photographe spirite Jean Buguet. 

Au départ, c’est un ami, comédien au théâtre de la Gaîté, qui lui fait découvrir en 1873 l’existence des « photographies spirites » en lui montrant les clichés d’un Américain, Mumler, photographe spirite américain qui travailla principalement à New-York et Boston.

                                                                  Les fantômes de Mumler
                                                     Mary Todd Lincoln et son défunt mari
C'est en assistant  à des séances de spiritisme chez un médecin qu'il rencontra Pierre Leymarie, membre de la Société Spirite.



 Après plusieurs essais, un accord est conclu : la Société spirite consent à Buguet un prêt de 3 500 francs à rembourser en fournissant les photographies qu’elle se charge de revendre à ses abonnés, à la place des reproductions des clichés américains – plus coûteux – que réalise un autre photographe parisien.


                                                                 Madame Allan Kardec

Alerté par une plainte des portraitistes professionnels, qui considéraient cette manifestation des esprits comme une concurrence déloyale, le Service photographique de la Préfecture de Paris diligenta une enquête et pris le médium photographe en flagrant délit de falsification. Une seconde chambre de développement fut ainsi découverte, ainsi que la complicité de deux apprentis homme et femme se grimant selon la description du client, et dont l’image était ajoutée en surimpression du portrait posé. Lors de son procès en 1875, Jean Buguet dévoila son mode opératoire, qui incluait également un mannequin articulé auquel on ajoutait une photographie de visage choisie parmi 300 portraits.


Bien avant de s’intéresser au spiritisme et à la psychographie, Conan Doyle avait pratiqué l’art de la photographie et écrit plusieurs articles sur sa technique, publiés de 1881 à 1885, il fut l'un des défenseurs de la photographie spirite.

Selon lui, on ne peut que  "se sentir subjugué par l’effet cumulatif “de tant de cas" dûment attestés. Il affirme qu’"une extrême incrédulité est encore plus désastreuse qu’une extrême crédulité", et pose le principe qu’il faut préférer l’improbable à l’impossible...personnellement, je ne peux qu’approuver cette phrase !

 Sir Arthur and Lady Conan Doyle (1820)

                                                   




samedi 26 mars 2011

Max Ernst et les collages

"Si ce sont les plumes qui font le plumage, ce n'est pas la colle qui fait le collage."(Max Ernst)
De tous les surréalistes, Max Ernst en certainement celui qui a composé le plus de collages, découpes, fragmentations et assemblages deviennent chez lui une passion dès 1920.



Il présente ses oeuvres dans trois grands recueils qui sont restés en date dans l'histoire du surréalisme: "La Femme sans Tête", (1929), "Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au Carmel", (1930) et "Une Semaine de Bonté ou les Sept Péchés capitaux", (1934).


Nous pouvons remarquer en observant certains collages, que la première source d'inspiration de Max Ernst, se trouvait dans des romans feuilletons du XIXème dont il avait fait l'acquisition au fil du temps.
 "Le don d'enchanter mes complices : les poètes, les pataphysiciens, quelques analphabètes "(Max Ernst)




"Mes pensées me disent où je me trouve ; mais elles ne m'indiquent pas où je vais."(Francis Picabia)

«Le public a besoin d'être violé dans des positions rares.»(Picabia)