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lundi 19 décembre 2016

L’Homme aux plaies à l'époque médiévale

 Manuscrit fin du 15ème siècle, Bayerische Staatsbibliothek

Figure énigmatique à travers les siècles, l'homme tranché, poignardé, perforé, saigné, harcelé de tous côtés par diverses armes, l'image curieuse de l'homme aux plaies est une présence restée intrigante et rare dans le monde des manuscrits médicaux médiévaux et modernes.

Ces illustrations n'étaient pas censées menacer ou inspirer la peur. Elle expliquaient les remèdes potentiels pour tous les maux décrits. Elles représentaient l'espoir ; un rappel de la connaissance puissante qui pourrait être distribuée dans la pratique de la médecine médiévale tardive.

L’Homme aux plaies ou l'homme blessé décrit toutes les blessures qu’un homme peut subir. De chaque côté du dessin, on trouve des explications, et parfois un pronostic; parfois même, des distinctions précises sont faites entre les types de blessures, par exemple si une flèche s’est plantée dans un muscle ou l’a traversé (cette dernière option étant la meilleure, puisque l’on peut couper la flèche d’un côté, et retirer le bois de l’autre. Dans le premier cas, on arrache le muscle en sortant la flèche).

L'homme aux plaies - MS Wellcome Library

Un exemple de l'Homme Zodiac, à partir de "Heymandus de Veteri Busco Ars de computistica" (1488)

Fasciculus medicinae (1491) - Bayerische Staatsbibliothek

 L'homme aux plaies XVème siècle - MS Wellcome Library

Fac-similé, 1911 - Hieronymus Brunschwig Das buch der cirurgia (1497) 

Hans von Gersdorff Feldbuch der Wundarznei (1530)


Gravure de Robert White en vedette dans de John Browne Compleat Discours de Wounds (1678)

Une gravure qui vient de Californie d'une autre époque, 1675 - Un homme atteint de nombreuses blessures dont certaines par couteaux, on y voit une morsure de serpent, une morsure de chien, un coup de club sur la tête et des coupures et contusions diverses. (Wellcome Library, London)

vendredi 9 décembre 2016

Les rouleaux d'anatomie Kaibo Zonshinzu peint en 1819


Les rouleaux d'anatomie Kaibo Zonshinzu peint en 1819 par "Kyoto zone médecin Yasukazu Minagaki" (1784-1825), se composent de représentations réalistes, de dissections humaines scientifiques.

Contrairement aux dessins anatomiques européens de l'époque, qui tendaient à représenter le corps comme une chose vivante dépourvue de douleur (et souvent dans une sorte de pose grecque), ces illustrations réalistes montrent du sang et d'autres liquides qui fuient des sujets dont les expressions faciales sont horribles.

Le fait que les corps utilisés dans les autopsies scientifiques pendant la période Edo au Japon appartenaient généralement à des criminels exécutés par décapitation ajoute à la nature macabre des illustrations.

Selon la Bibliothèque de l'Université Keio (où ces documents sont actuellement stockés), les deux rouleaux contiennent 83 illustrations, sur la base des observations de Minagaki, de plus de 40 organismes. Ils sont considérés comme la meilleure collection de premiers dessins anatomiques du 19ème siècle par une main japonaise.

Le premier rouleau comprend un compliment manuscrit de Philip von Siebold , médecin allemand qui fut le premier Européen à enseigner la médecine occidentale au Japon. Il fut impressionné par la qualité des dessins quand il les a observés en 1826.

Siebold note : "Cette recherche anatomique a été réalisée avec une grande diligence et devrait donc obtenir une grande reconnaissance."











mercredi 20 avril 2016

Les écorchés de Clemente Susini


La céroplastie se développa en tant que sous-discipline de l'anatomie. Ces modèles font partie d'une série montrant les structures internes du corps. Les versions grandeur nature ont été utilisés au Musée zoologique de l'Université de Florence, connus sous le nom de "Musée La Specola", par le grand-duc de Toscane pour enseigner l'anatomie aux étudiants.

Ces exemplaires ont probablement été réalisés par Clemente Susini (1754-1814), un modeleur de cire renommé pour sa précision des détails anatomiques. Ceux-ci ont été particulièrement importants à une époque où il y avait peu de corps disponibles pour la dissection; ceux qui étaient disponibles étant difficiles à préserver.





jeudi 12 juin 2014

Les écorchés anatomiques du Docteur Auzoux



Louis Thomas Jérôme Auzoux (7 avril 1797 à Saint-Aubin-d'Écrosville - 6 mars 1880 à Paris) est un docteur en médecine français internationalement connu en tant que créateur de modèles anatomiques utilisés dans l'enseignement de la médecine humaine et dans l'enseignement vétérinaire.



Louis Auzoux est le concepteur d'une anatomie qu'il a appelée clastique (du grec klastos mis en morceaux) dont le principe est l'articulation d'une pièce anatomique en ses constituants élémentaires que l'observateur peut démonter et remonter à loisir pour en observer la forme, la taille et les rapports respectifs.

Le principe imaginé par le docteur Auzoux a consisté dans la production d’une pâte de papier et de liège coulée dans des moules puis pressée, selon la technique dite du papier mâché.

Pour les pièces simples et peu articulées, le plus souvent des agrandissements d’organe, il utilisait des moules en plâtre sur lesquels étaient placées successivement plusieurs couches de papier coloré enduit de colle. La colle humidifie le papier et lui fait épouser correctement les plus petits détails du moule ; les différentes couches permettent d’apporter la rigidité future de la pièce, en commençant par une couche de papier fin (env. 60g/m²), puis en continuant avec des couches de papier plus fort (env. 125g/m²). L’utilisation de papiers de couleurs différentes permettait de mieux se repérer entre les couches. Lorsque le relief était tourmenté, de petits fragments de papier déchiré permettaient de reproduire les plus petits détails. Plus de 12 couches de papier pouvaient être ainsi superposées. Le modèle brut ainsi obtenu était creux, léger et résistant.
Pour les pièces articulées, il imagina une pâte qui permettait d’acquérir la densité suffisante pour fixer des attaches, articuler les pièces entre elles et disposer des armatures métalliques pour les modèles de grande taille. Les moules utilisés étaient alors en alliage métallique. Les ouvriers réalisaient des coquilles cartonnées, plus fines que dans la technique précédente (3 à 4 couches de papier) puis y disposaient une pâte, la « terre », qui se composait de colle de farine, de papier finement déchiré, de filasse hachée, de blanc de Meudon et de poudre de liège, ce dernier composant étant réputé être l’élément essentiel à la réussite du moulage. Le moule était ensuite refermé et placé sous une presse qui, en plusieurs heures, compactait petit à petit la « terre » et l’étalait jusqu’aux plus minutieux détails.











Moules utilisés par les établissements Auzoux, fabriqués par le Docteur Auzoux lui-même pour la plupart. Les formes sont en alliage de Darset (utilisé en imprimerie, en étain, plomb et antimoine). Ces moules sont incrustés dans de massifs blocs de chêne. Chaque moule comporte deux coquilles. Noter aussi que chaque moule en alliage comporte des noyaux amovibles permettant d’obtenir des formes complexes.


Modèle anatomique du cheval du Dr Auzoux au musée d'anatomie de l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse.
Ce cheval est issu d’un savoir-faire unique : un mélange de poudre de liège avec du blanc de Meudon, du papier et de la filasse, le tout renforcé par une armature métallique. Sa date de production (1851) est écrite à la main, sur le côté droit, accompagnée de la signature du Docteur Auzoux. Ce cheval est dit « complet » car chacun de ses muscles peut être isolé. La restauration de cet emblème de l’anatomie artificielle est aujourd’hui indispensable.


vendredi 8 novembre 2013

Les planches anatomiques de Léonard de Vinci


Dans les années 1490 à Milan, Léonard de Vinci a schématisé le cerveau, figurant trois ventricules où se logent les quatre fonctions de l’intellect : la sensation, la mise en images, le jugement, la mémoire. Une organisation parfaite, à l’instar d’un monde créé par Dieu. Sur le même tracé où figure cette fantaisie sacrifiant aux croyances de son temps, le dessinateur séparait avec davantage de pertinence l’enveloppe du cerveau jusqu’à la pie-mère, membrane pourtant difficile à discerner à l’œil nu.
D’un côté, la foi d’une époque, imbibée de mythologie religieuse, toujours imprégnée des textes savants de l’Antiquité et des manuels qui continuaient d’en faire l’exégèse, sources que l’artiste consultait dans les bibliothèques des hôpitaux. De l’autre, le scalpel de son observation clinique. Entre les deux s’insère le crayon d’un des plus brillants dessinateurs de tous les temps.


Léonard a beaucoup pratiqué la dissection d’animaux, mais aussi d’hommes, dont il voulait tirer un traité d’anatomie. Il n’était pas seulement le génie artistique dont la réputation a gagné l’Europe de son vivant. Grâce aux milliers de pages qu’il a griffonnées, nous avons également idée de ses dons d’architecte et d’ingénieur, imaginant, avec plus ou moins de bonheur, un pont sur le Bosphore, un sous-marin, un char d’assaut ou un hélicoptère. De ses talents de musicien, qui avaient aidé à son introduction à la cour de Milan, pratiquement rien ne nous est parvenu. Quant à cette confrontation avec la biologie, elle est restée méconnue.

 Léonard a approché l’anatomie pour mieux répondre à son art. Les élèves étaient incités à étudier le corps pour le reproduire.Ils se contentaient souvent d’examiner une chèvre ou un chien, dont la morphologie était considérée comme semblable à celle d’un homme, toutes proportions gardées. Les corps humains, souvent ceux des suppliciés, étaient plus difficiles à obtenir. Pollaiuolo et Donatello étaient réputés être les premiers à en avoir dépecé un, au XVe siècle, pour améliorer la maîtrise du nu. L’Eglise autorisait cette pratique, que le pape a légitimée par une bulle en 1482. L’amphithéâtre d’anatomie faisait la fierté de la faculté de Padoue. Raphaël et Michel-Ange y ont eu recours, ce dernier très longuement avec le projet de publier un traité à l’usage des artistes.

De vingt-cinq ans son aîné, Léonard avait pu voir ses premières dissections dans l’atelier de Verrocchio, où il avait réalisé son apprentissage. Il s’était fait la main sur des animaux, poussant la curiosité jusqu’à détailler une patte d’ours. Quand, devenu célèbre, il eut le loisir de passer au corps humain, il brillait par son ingéniosité. En 1489, il a sectionné un crâne, mettant ainsi au jour les sinus, alors inconnus. L’idée d’une telle coupe lui était venue des dessins d’architecture. Il a numéroté correctement les dents, un sujet alors soumis à contestation : certains refusaient d’admettre que les femmes puissent avoir la même dentition que les hommes ou le même nombre de côtes, car cela contredisait le récit biblique. Mais, selon les termes même de Vinci, la science était au poste de commandement et la pratique formait sa troupe. Donnant ainsi le primat à l’observation et à l’expérimentation sur tout présupposé - d’ordre religieux, idéologique ou magique -, il devançait la science moderne de plusieurs siècles.