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vendredi 23 novembre 2012

Entre Contes de Fées et Fantasy avec Omar Rayyan



Omar Rayyan est né en Jordanie d'une mère américaine et d'un père jordanien.
Il a obtenu un diplôme d'illustration à la "Rhode Island School of Design".
L'artiste fonde principalement ses travaux sur le folklore, les contes de fées et la Fantasy.
Il créa de nombreuses illustrations pour la "Terre du Milieu".



 "La pieuvre"  (Les travailleurs de la mer) par Victor Hugo

La pieuvre n'a pas de masse musculaire, pas de cri menaçant, pas de
cuirasse, pas de corne, pas de dard, pas de pince, pas de queue prenante
ou contondante, pas d'ailerons tranchants, pas d'ailerons onglés, pas
d'épines, pas d'épée, pas de décharge électrique, pas de virus, pas de
venin, pas de griffes, pas de bec, pas de dents. La pieuvre est de toutes
les bêtes la plus formidablement armée.
Qu'est-ce donc que la pieuvre ? C'est la ventouse. (...)
Une forme grisâtre oscille dans l'eau ; c'est gros comme le bras et long
d'une demi-aune environ ; c'est un chiffon ; cette forme ressemble à
un parapluie fermé qui n'aurait pas de manche. Cette loque avance vers
vous peu à peu. Soudain, elle s'ouvre, huit rayons s'écartent brusquement
autour d'une face qui a deux yeux ; ces rayons vivent ; il y a du
flamboiement dans leur ondoiement ; c'est une sorte de roue ; déployée,
elle a quatre ou cinq pieds de diamètre. Épanouissement effroyable.
Cela se jette sur vous.
L'hydre harponne l'homme.
Cette bête s'applique sur sa proie, la recouvre, et la noue de ses longues
bandes. En dessous elle est jaunâtre, en dessus elle est terreuse ; rien ne
saurait rendre cette inexplicable nuance poussière ; on dirait une bête
faite de cendre qui habite l'eau. Elle est arachnéide par la forme  et
caméléon par la coloration. Irritée, elle devient violette. Chose
épouvantable, c'est mou.
Ses noeuds garrottent ; son contact paralyse.
Elle a un aspect de scorbut et de gangrène ; c'est de la maladie arrangée
en monstruosité.












vendredi 3 février 2012

La Plume de Satan avec Victor Hugo et Oriol Jolonch



Les illustrations sont de Oriol Jolonch, un artiste surréaliste espagnol natif de Barcelone.
Le site de l'artiste : http://www.orioljolonch.com/




La plume de Satan , par Victor Hugo

La plume, seul débris qui restât des deux ailes
De l'archange englouti dans les nuits éternelles,
Était toujours au bord du gouffre ténébreux.
Les morts laissent,ainsi quelquefois derrière eux
Quelque chose d'eux - mêmes au seuil de la nuit triste,
Sorte de lueur vague et sombre, qui persiste.

Cette plume avait-elle une âme ? qui le sait ?
Elle avait un aspect étrange ; elle gisait
Et rayonnait ; c'était de la clarté tombée.

Les anges la venaient voir à la dérobée.
Elle leur rappelait le grand Porte - Flambeau ;
Ils l'admiraient, pensant à cet être si beau
Plus hideux maintenant que l'hydre et le crotale ;
Ils songeaient à Satan dont la blancheur fatale,
D'abord ravissement, puis terreur du ciel bleu,
Fut monstrueuse au point de s'égaler à Dieu.
Cette plume faisait revivre l'envergure
De l'Ange, colossale et hautaine figure ;
Elle couvrait d'éclairs splendides le rocher ;
Parfois les séraphins, effarés d'approcher
De ces bas-fonds où l'âme en dragon se transforme,
Reculaient, aveuglés par sa lumière énorme ;
Une flamme semblait flotter dans son duvet ;
On sentait, à la voir frissonner, qu'elle avait
Fait partie autrefois d'une aile révoltée ;
Le jour, la nuit, la foi tendre, l'audace athée,
La curiosité des gouffres, les essors
Démesurés, bravant les hasards et les sorts,
L'onde et l'air, la sagesse auguste, la démence,
Palpitaient vaguement dans cette plume immense ;
Mais dans son ineffable et sourd frémissement,
Au souffle de l'abîme, au vent du firmament,
On sentait plus d'amour encor que de tempête.

Et sans cesse, tandis que sur l'éternel faîte
Celui qui songe à tous pensait dans sa bonté,
La plume du plus grand des anges, rejeté
Hors de la conscience et hors de l'harmonie,
Frissonnait, près du puits de la chute infinie,
Entre l'abîme plein de noirceur et les cieux.

Tout à coup un rayon de l'oeil prodigieux
Qui fit le monde avec du jour, tomba sur elle.
Sous ce rayon, lueur douce et surnaturelle,
La plume tressaillit, brilla, vibra, grandit,
Prit une forme et fut vivante, et l'on eût dit
Un éblouissement qui devient une femme.
Avec le glissement mystérieux d'une âme,
Elle se souleva debout, et, se dressant,
Éclaira l'infini d'un sourire innocent.
Et les anges tremblants d'amour la regardèrent.
Les chérubins jumeaux qui l'un à l'autre adhèrent,
Les groupes constellés du matin et du soir,
Les Vertus, les Esprits, se penchèrent pour voir
Cette soeur de l'enfer et du paradis naître.
Jamais le ciel sacré n'avait contemplé d'être
Plus sublime au milieu des souffles et des voix.
En la voyant si fière et si pure à la fois,
La pensée hésitait entre l'aigle et la vierge;
Sa face, défiant le gouffre qui submerge,
Mêlant l'embrasement et le rayonnement,
Flamboyait, et c'était, sous, un sourcil charmant,
Le regard de la foudre avec l'oeil de l'aurore.
L'archange du soleil, qu'un feu céleste dore,
Dit : - De quel nom faut-il nommer cet ange, ô Dieu ?

Alors, dans l'absolu que l'Être a pour milieu,
On entendit sortir des profondeurs du Verbe
Ce mot qui, sur le front du jeune ange superbe
Encor vague et flottant dans la vaste clarté,
Fit tout à coup éclore un astre : - Liberté !