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jeudi 10 janvier 2013

Chère Imagination avec André Breton et Kazuhiko Nakamura


Les illustrations sont de Kazuhilo Nakamura alias Almacan

Kazuhiko Nakamura est né à Hyogo, au Japon, en 1961.
Jeune, il a été fortement influencé par le surréalisme et les styles cyberpunk.
«L'art de Kazuhiko Nakamura est un hybride surréaliste de l'homme et la machine, un mariage difficile de métal et de chair."


Chère imagination, ce que j’aime surtout en toi, c’est que tu ne pardonnes pas.
Le seul mot de liberté est tout ce qui m’exalte encore. Je le crois propre à entretenir, indéfiniment, le vieux fanatisme humain. Il répond sans doute à ma seule aspiration légitime. Parmi tant de disgrâces dont nous héritons, il faut bien reconnaître que la plus grande liberté d’esprit nous est laissée. À nous de ne pas en mésuser gravement.


Réduire l’imagination à l’esclavage, quand bien même il y irait de ce qu’on appelle grossièrement le bonheur, c’est se dérober à tout ce qu’on trouve, au fond de soi, de justice suprême. La seule imagination me rend compte de ce qui peut être, et c’est assez pour lever un peu le terrible interdit ; assez aussi pour que je m’abandonne à elle sans crainte de me tromper (comme si l’on pouvait se tromper davantage). Où commence-t-elle à devenir mauvaise et où s’arrête la sécurité de l’esprit ? Pour l’esprit, la possibilité d’errer n’est-elle pas plutôt la contingence du bien ?


Reste la folie, « la folie qu’on enferme » a-t-on si bien dit. Celle-là ou l’autre… Chacun sait, en effet, que les fous ne doivent leur internement qu’à un petit nombre d’actes légalement répréhensibles, et que, faute de ces actes, leur liberté (ce qu’on voit de leur liberté) ne saurait être en jeu. Qu’ils soient, dans une mesure quelconque, victimes de leur imagination, je suis prêt à l’accorder, en ce sens qu’elle les pousse à l’inobservance de certaines règles, hors desquelles le genre se sent visé, ce que tout homme est payé pour savoir.


 Mais le profond détachement dont ils témoignent à l’égard de la critique que nous portons sur eux, voire des corrections diverses qui leur sont infligées, permet de supposer qu’ils puisent un grand réconfort dans leur imagination, qu’ils goûtent assez leur délire pour supporter qu’il ne soit valable que pour eux. Et, de fait, les hallucinations, les illusions, etc., ne sont pas une source de jouissance négligeable. La sensualité la mieux ordonnée y trouve sa part et je sais que j’apprivoiserais bien des soirs cette jolie main qui, aux dernières pages de L’Intelligence, de Taine, se livre à de curieux méfaits. Les confidences des fous, je passerais ma vie à les provoquer. Ce sont gens d’une honnêteté scrupuleuse, et dont l’innocence n’a d’égale que la mienne. Il fallut que Colomb partît avec des fous pour découvrir l’Amérique. Et voyez comme cette folie a pris corps, et duré.


Ce n’est pas la crainte de la folie qui nous forcera à laisser en berne le drapeau de l’imagination.
Le procès de l’attitude réaliste demande à être instruit, après le procès de l’attitude matérialiste. Celle-ci, plus poétique, d’ailleurs, que la précédente, implique de la part de l’homme un orgueil, certes, monstrueux, mais non une nouvelle et plus complète déchéance. Il convient d’y voir, avant tout, une heureuse réaction contre quelques tendances dérisoires du spiritualisme. Enfin, elle n’est pas incompatible avec une certaine élévation de pensée.


Par contre, l’attitude réaliste, inspirée du positivisme, de saint Thomas à Anatole France, m’a bien l’air hostile à tout essor intellectuel et moral. Je l’ai en horreur, car elle est faite de médiocrité, de haine et de plate suffisance. C’est elle qui engendre aujourd’hui ces livres ridicules, ces pièces insultantes. Elle se fortifie sans cesse dans les journaux et fait échec à la science, à l’art, en s’appliquant à flatter l’opinion dans ses goûts les plus bas ; la clarté confinant à la sottise, la vie des chiens. L’activité des meilleurs esprits s’en ressent ; la loi du moindre effort finit par s’imposer à eux comme aux autres.
(Extrait du Manifeste du Surréalisme)







vendredi 22 juillet 2011

Man Ray : "La résurrection des Mannequins"



En 1938, l'écrivain André Breton (1896-1966) et le poète Paul Éluard (1895-1952) ont organisés l'Exposition Internationale du Surréalisme à la Galerie des Beaux-Arts de Paris.
A chacun des quinze artistes un mannequin de couturière a été offert comme toile de fond, ceci afin d'effectuer les métamorphoses qu'ils désiraient.

Les artistes présents (par ordre d'apparition dans cette vidéo) Salvador Dalí, Oscar Dominguez, Marcel Duchamp, Léo Malet, André Masson, Joan Miró, Wolfgang Paalen, Kurt Seligmann, Yves Tanguy, Marcel Jean, Max Ernst, Espinoza, Maurice Henry, Ray Sonia Mossé, et Man Ray.

jeudi 14 juillet 2011

Invocation à Vénus avec Arthur Rimbaud et Valentine Hugo


Valentine Hugo, née Valentine Marie Augustine Gross, est une peintre française, née à Capécure, près de Boulogne-sur-Mer, le 16 mars 1887 et morte à Paris en 1968.

De 1907 à 1910, Valentine Gross étudie aux Beaux-Arts à Paris et plus tard, après 1920, fréquente le groupe des Six dont notamment Georges Auric et, également, les écrivains Jean Cocteau et Raymond Radiguet.

En 1919, elle épouse le peintre Jean Hugo et collabore avec lui pour les costumes des spectacles de Jean Cocteau « Les Mariés de la Tour Eiffel » (1921) et « Roméo et Juliette » (1924). Elle s'en sépare quelques années plus tard après sa rencontre avec les surréalistes vers 1926.
                                                   André Breton-Valentine Hugo "Cadavre Exquis"
En 1929, elle a une liaison avec Paul Éluard que Gala vient de quitter, puis, en 1930, avec André Breton.
Jusqu’en 1937, elle peint le portrait de plusieurs surréalistes et illustre les œuvres de René Char, René Crevel, Éluard, mais également Lautréamont et surtout la réédition des Contes bizarres d’Achim von Arnim dont Breton écrit la préface.
                                                  Pour les  "Contes bizarres" d'Achim von Arnim
Elle participe au Salon des Surindépendants, à Paris (1933) et à l’exposition Fantastic art, Dada, Surrealism au Museum of Modern Art de New York (1936). Affectée par le suicide de René Crevel (1935) et par les départs de Char, Tristan Tzara et Paul Éluard, Valentine Hugo quitte le groupe à son tour et se détourne du surréalisme.
                                                                       Marquis de Sade
En 1942, elle retrouve Paul Éluard pour La Conquête du monde par l'image. Elle termine sa vie seule et dans la gêne.
                                                               

Des strass sont incrustés dans le panneau. L’artiste a collé dans le coin inférieur droit du tableau le sceau de Ménélik II, Négus d’Ethiopie, et des extraits de la lettre écrite à Rimbaud, soulignés d’éclairs de strass.

"Entouré de corbeaux, un oiseau blanc aux ailes rougies de sang – qui s’égoutte jusque sur les lèvres du poète et les plumes de l’aigle renversé – couronne le visage de Rimbaud émergeant d’un fleuve rouge sang. Des strass forment une constellation autour de la composition et zèbrent les extraits d’une lettre et le sceau de Ménélik II, futur négus d’Éthiopie."
                                                           Les sept visages d'Arthur Rimbaud

Invocation à Vénus par Arthur Rimbaud, 1869

Mère des fils d'énée, ô délices des Dieux,
Délices des mortels, sous les astres des cieux,
Vénus, tu peuples tout : l'onde où court le navire,
Le sol fécond : par toi tout être qui respire
Germe, se dresse, et voit le soleil lumineux !
Tu parais... A l'aspect de ton front radieux
Disparaissent les vents et les sombres nuages :
L'Océan te sourit ; fertile en beaux ouvrages,
La Terre étend les fleurs suaves sous tes pieds ;
Le jour brille plus pur sous les cieux azurés !
Dès qu'Avril reparaît, et, qu'enflé de jeunesse,
Prêt à porter à tous une douce tendresse,
Le souffle du zéphir a forcé sa prison,
Le peuple aérien annonce ta saison :
L'oiseau charmé subit ton pouvoir, ô Déesse ;
Le sauvage troupeau bondit dans l'herbe épaisse,
Et fend l'onde à la nage, et tout être vivant,
À ta grâce enchaîné, brûle en te poursuivant !
C'est toi qui, par les mers, les torrents, les montagnes,
Les bois peuplés de nids et les vertes campagnes,
Versant au coeur de tous l'amour cher et puissant,
Les portes d'âge en âge à propager leur sang !
Le monde ne connaît, Vénus, que ton empire !
Rien ne pourrait sans toi se lever vers le jour :
Nul n'inspire sans toi, ni ne ressent d'amour !
À ton divin concours dans mon oeuvre j'aspire !...
                                                                            Rimbaud


                                                     Valentine Hugo, Radiguet et Jean Hugo