lundi 8 novembre 2010

Diable, démons, vampires et sorcières de scène vus par Franz Gaul




Franz Gaul, peintre et illustrateur de talent autrichien (1837 - 1906), fut un prolifique dessinateur de costumes théâtraux, sa collection contient des centaines de gravures dont les sujets sont aussi variés qu'intéressants.









J'ai choisis ici quelques représentations de Méphisto et de démons sortis tout droit de son imagination.




                                           De jolies représentations de vampires :

Des sorcières telles que l'on peut les craindre.....



vendredi 5 novembre 2010

Baudelaire....le fétichisme de la chevelure.

Deux variantes avec Baudelaire qui a écrit « Un hémisphère dans une chevelure », poème en prose extrait du recueil intitulé Le Spleen de Paris (1869), et qui fait écho à « La chevelure », poème en vers tiré des Fleurs du Mal (1857).

La chevelure par Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)

Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?



Un hémisphère dans une chevelure par Baudelaire (Le Spleen de Paris)

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j'entends dans tes cheveux! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.


Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.

Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.


Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.
Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

jeudi 4 novembre 2010

Nadar le précurseur de la photographie moderne

Autoportrait tournant.

De son vrai nom Gaspard-Félix Tournachon, dit Nadar est né le 6 avril 1820 à Paris, il décéde le 21 mars 1910 à Paris, photographe mondialement connu, il fut également un talentueux caricaturiste et un aéronaute.
Cleo de Mérode

On peut affirmer que Nadar fut le créateur de la discipline de la photographie, qu'il élève au rang d'art grâce aux séries de portraits dans lesquels il s'attache à retranscrire la personnalité du sujet, nous pouvons admirer Franz Liszt, Richard Wagner, Charles Baudelaire, Hector Berlioz, Gioachino Rossini, Sarah Bernhardt, Jacques Offenbach, George Sand, Gérard de Nerval, Théodore de Banville, Jules Favre, Guy de Maupassant, Édouard Manet, Gustave Doré, Gustave Courbet, Loïe Fuller, Zadoc Kahn, Charles Le Roux, Hector de Sastres, les frères Élisée Reclus et Élie Reclus dont il est l'ami et Jean-Baptiste Corot ainsi que de nombreuses autres personnalités de l'époque.

                                 Sarah Bernhardt
Il expérimente l'éclairage à la poudre de magnésium, plus facile à brûler qu’en bloc. Complexe à mettre en œuvre, ce procédé, qui consiste à brûler de la poudre de magnésium, s’avère très dangereux car le magnésium est très inflammable et dégage beaucoup de fumée.
                                                               Pierrot
De plus, le déclenchement du flash se faisant manuellement, il arrivait qu'il ne se produise pas au bon moment (trop tôt ou trop tard). Nadar tente ensuite une nouvelle expérience comme il le décrit dans son livre " Quand j‘étais photographe " :
"Je tentai de tamiser ma lumière en plaçant une glace dépolie entre l'objectif et le modèle, ce qui ne pouvait m'amener à grand'chose ; puis plus pratiquement je disposai des réflecteurs en coutil blanc, et enfin un double jeu de grands miroirs répercutant par intermittences le foyer lumineux sur les parties ombrées. J'arrivai ainsi à ramener mon temps de pose à la moyenne diurne et finalement je pus obtenir des clichés à rapidité égale et de valeur tout à fait équivalente à celle des clichés exécutés quotidiennement dans mon atelier".

                                                       Mme de Gaby en Vénus
Il effectue une démonstration pour le journal La Presse scientifique et dépose le brevet de photographie à la lumière artificielle en février 1861.
Les catacombes

Il peut dès lors s'intéresser au monde souterrain et réalise en 1865 le premier reportage sur les égoûts et les catacombes de Paris, explorant les possibilités qu'offre la lumière artificielle.

Il est ainsi, dès 1860, un pionnier de la photo à la lumière artificielle.

                                                          Nadar en ballon avec sa femme
Précurseur, il réalisa, en 1858, la première photographie aérienne au monde, prise à bord de son ballon "Le Gant"; inspirant Jules Verne pour "Cinq Semaines en ballon", l’un des héros de De la Terre à la Lune et Autour de la Lune s'appelle d'ailleurs Michel Ardan (anagramme de Nadar).
                                                                    Vue aérienne par Nadar

                                                                  Baudelaire
Après l'épisode de la Commune, Nadar se retrouve complètement ruiné et redémarre une activité dans la photographie, mais pour réaliser avant tout des travaux qui lui assurent sa subsistance.
                                                             Terreur (1830)
En 1886, il accompagne son fils Paul Tournachon7 qui doit réaliser une interview du chimiste Eugène Chevreul, et en profite pour prendre des photos. Ce double travail, paru le 5 septembre dans le Journal illustré peut certainement être considéré comme le premier reportage photographique réalisé en même temps que l'entretien journalistique dont il assure l'illustration.
En 1887, il s'installe au manoir de l'Ermitage de la Forêt de Sénart où il accueille ses amis dans le besoin, jusqu'en 1894. Il est alors ruiné et malade, mais errant et paisible.
Georges Sand

 Cette même année, à l'âge de 77 ans, Nadar décide de tenter de nouveau sa chance.
Flaubert

Il laisse à son fils la gestion de ses affaires à Paris, et fonde à Marseille un atelier photographique. Nadar, «doyen des photographes français» devient dans la région de Marseille une véritable gloire et se lie d'amitié avec l'écrivain Frédéric Mistral.
Melle Kruger

En 1900, il triomphe, à l'Exposition Universelle de Paris, avec une rétrospective de son œuvre, organisée par son fils.
En 1904, Nadar revient à Paris. Il y décède le 21 mars 1910 à quelques jours de ses 90 ans.

                                  Sarah Bernhardt

mercredi 3 novembre 2010

Harry Kellar, l'Illusionniste aux diables rouges


Harry Kellar (1849-1922), fut certainement le chef de file des illusionnistes américains du début du siècle. Kellar commença sa carrière comme assistant du "fakir d'Ava", puis dans une troupe de spiritualistes qui était très populaire à cette époque : "Melville Fay et les Frères Davenport". Cette troupe avait eu beaucoup de succès en Europe et aux États-Unis, en communiquant avec les morts et en invoquant les esprits.

Ils se tenaient pieds et poings liés dans un cabinet, tandis que des objets tournoyaient dans les airs et que des cloches sonnaient.

Un de ses tours les plus célèbres était "la lévitation de la princesse Karnack" , à ce propos, voici une anecdote, Harry Kellar a également publié des textes sur Eglinton qu'il aurait vu léviter. Il rejeta lui aussi l'explication spirite au profit de l'hypothèse "positiviste" d'un phénomène d'anti-gravité. Il a indiqué que cette lévitation se produisait dans l'obscurité ce qui rend son observation pour le moins problématique !


Harry Kellar se fit connaître en présentant un nouveau tour, la cage à oiseau qui disparaît. Cette cage fut inventée par Buatier de Kolta et grâce à son style, Kellar en fit un numéro si spectaculaire que pendant la tournée suivante, un amoureux des bêtes, s'imaginant qu'un serin était tué chaque soir, fit un scandale qui amena Kellar à faire une représentation spéciale pour la Société Protectrice des Animaux... Cela lui valut une publicité qu'il n'aurait jamais pu s'offrir !

Kellar se concentra sur ses facultés de comédien et présenta la magie comme si le public assistait à des miracles véritables.

On rapporte que lorsqu'il faisait pousser des fleurs, s'éteindre une lampe, apparaître des esprits ou lorsqu'il présentait sa version de la lévitation de Maskelyne, toutes ces expériences théâtrales transportaient dans un monde étrange tous ceux qui y assistaient, un monde dans lequel la magie devenait réalité.

Nombre de ses numéros et de ses tours s'inspiraient, au début, des spectacles de Maskelyne.

Il reprit et améliora considérablement ce qui était considéré comme la meilleure illusion de scène, la femme volante. Faire flotter quelqu'un dans les airs est une des illusions les plus anciennes et elle fit presque obligatoirement partie de tous les grands spectacles de magie du XIXe siècle. Kellar dépensa des milliers de dollars à perfectionner cette illusion.

En dehors de ses prouesses d'artiste, Kellar fut l'un de ceux qui firent le plus de publicité et on compte nombre de lithographies splendides qui étaient destinées à promouvoir son spectacle.

Dans presque toutes ses affiches, on retrouvait le portrait du magicien entouré de petits diables rouges, perchés sur ses épaules, murmurant à son oreille ou dansant autour de lui. Thurston, Blackstone, Carter et la majorité des magiciens de ces années-là ont utilisé ce genre d'affiche. Ce fut cependant Kellar le premier. A la fin du XIXe siècle, le spiritualisme était à la fois une croyance et un passe-temps populaire et Kellar se servit de cette mode avec habileté, se servait de diables dans sa publicité, sur ses en-têtes de lettres et même sur ses cartes de Noël ! Jusqu'à sa mort il passa son temps à trouver de nouveaux numéros, gardant toujours un vif intérêt pour la magie et continuant à correspondre avec plusieurs de ses contemporains. Il se retira au plus haut de sa gloire dans une retraite confortable, car il avait su faire de bons investissements...