samedi 4 février 2012

"The Book of Spells" ou le grimoire de Leigh J. McCloskey



Leigh J.McCloskey est un homme de la Renaissance moderne, auteur, illustrateur et acteur, intéressé par la connaissance en général ; art, religions, mythologie, philosophie et ésotérisme font partie de ses passions.

Après avoir étudié en profondeur l'hermétisme, l'alchimie et la Kabbale, il a réintroduit chez lui, comme l'ont fait certains de ses illustres prédecesseurs, deux fois par semaine, la tradition des salons philosophiques et hermétiques.

Leigh a contribué à de nombreux essais sur des sujets traitant de William Blake, du Tarot Archétype, de la Kabbale, de Jacob Boehme et la pensée théosophique, pour ne parler que d'eux.

"The Book of Spells", a été réalisé par Leigh pour le film "Shadow of the Vampire" (2000) avec John Malkovitch et William Defoe. Dans cette production, le grimoire fini sur le plancher de la salle de montage, mais, tel le Phoenix, il semble renaître de ses cendres grâce aux Rolling Stones qui le détiennent.
Le grimoire a notamment servi de toile de fond au décors de certaines tournées de ce groupe mythique.










vendredi 3 février 2012

La Plume de Satan avec Victor Hugo et Oriol Jolonch



Les illustrations sont de Oriol Jolonch, un artiste surréaliste espagnol natif de Barcelone.
Le site de l'artiste : http://www.orioljolonch.com/




La plume de Satan , par Victor Hugo

La plume, seul débris qui restât des deux ailes
De l'archange englouti dans les nuits éternelles,
Était toujours au bord du gouffre ténébreux.
Les morts laissent,ainsi quelquefois derrière eux
Quelque chose d'eux - mêmes au seuil de la nuit triste,
Sorte de lueur vague et sombre, qui persiste.

Cette plume avait-elle une âme ? qui le sait ?
Elle avait un aspect étrange ; elle gisait
Et rayonnait ; c'était de la clarté tombée.

Les anges la venaient voir à la dérobée.
Elle leur rappelait le grand Porte - Flambeau ;
Ils l'admiraient, pensant à cet être si beau
Plus hideux maintenant que l'hydre et le crotale ;
Ils songeaient à Satan dont la blancheur fatale,
D'abord ravissement, puis terreur du ciel bleu,
Fut monstrueuse au point de s'égaler à Dieu.
Cette plume faisait revivre l'envergure
De l'Ange, colossale et hautaine figure ;
Elle couvrait d'éclairs splendides le rocher ;
Parfois les séraphins, effarés d'approcher
De ces bas-fonds où l'âme en dragon se transforme,
Reculaient, aveuglés par sa lumière énorme ;
Une flamme semblait flotter dans son duvet ;
On sentait, à la voir frissonner, qu'elle avait
Fait partie autrefois d'une aile révoltée ;
Le jour, la nuit, la foi tendre, l'audace athée,
La curiosité des gouffres, les essors
Démesurés, bravant les hasards et les sorts,
L'onde et l'air, la sagesse auguste, la démence,
Palpitaient vaguement dans cette plume immense ;
Mais dans son ineffable et sourd frémissement,
Au souffle de l'abîme, au vent du firmament,
On sentait plus d'amour encor que de tempête.

Et sans cesse, tandis que sur l'éternel faîte
Celui qui songe à tous pensait dans sa bonté,
La plume du plus grand des anges, rejeté
Hors de la conscience et hors de l'harmonie,
Frissonnait, près du puits de la chute infinie,
Entre l'abîme plein de noirceur et les cieux.

Tout à coup un rayon de l'oeil prodigieux
Qui fit le monde avec du jour, tomba sur elle.
Sous ce rayon, lueur douce et surnaturelle,
La plume tressaillit, brilla, vibra, grandit,
Prit une forme et fut vivante, et l'on eût dit
Un éblouissement qui devient une femme.
Avec le glissement mystérieux d'une âme,
Elle se souleva debout, et, se dressant,
Éclaira l'infini d'un sourire innocent.
Et les anges tremblants d'amour la regardèrent.
Les chérubins jumeaux qui l'un à l'autre adhèrent,
Les groupes constellés du matin et du soir,
Les Vertus, les Esprits, se penchèrent pour voir
Cette soeur de l'enfer et du paradis naître.
Jamais le ciel sacré n'avait contemplé d'être
Plus sublime au milieu des souffles et des voix.
En la voyant si fière et si pure à la fois,
La pensée hésitait entre l'aigle et la vierge;
Sa face, défiant le gouffre qui submerge,
Mêlant l'embrasement et le rayonnement,
Flamboyait, et c'était, sous, un sourcil charmant,
Le regard de la foudre avec l'oeil de l'aurore.
L'archange du soleil, qu'un feu céleste dore,
Dit : - De quel nom faut-il nommer cet ange, ô Dieu ?

Alors, dans l'absolu que l'Être a pour milieu,
On entendit sortir des profondeurs du Verbe
Ce mot qui, sur le front du jeune ange superbe
Encor vague et flottant dans la vaste clarté,
Fit tout à coup éclore un astre : - Liberté !













jeudi 2 février 2012

Portraits de femmes entre photographie et peinture avec Tiina Heiska



Tiina Heiska est née en 1959 à Helsinki, Finlande, où elle il vit et travaille. Elle est diplômée de l’Académie des Beaux Arts d'Helsinki, et de l’Université d’Art et Design, Helsinki, et présent dans les collections publiques de Helsinki City Art Museum, Amos Anderson Art Museum, Finnish State Art Collection.

"Drame, cinéma et photographie sont à la base de mon travail - le moment où le réel devient imaginaire, où l'imaginaire devient photographie, et où la photographie devient peinture m'intéresse. En ma peinture, je tends à accentuer cet aspect en recourant à des procédés photographiques, tels que lumière artificielle, mise au point et mouvements flous. Certains éléments de mes tableaux, chaussures, jupes, perruques et certaines parties du corps, sont dépeints en tant qu'objets transitoires, comme autant de fétiches, comblant les vides du réel.
Une sensation éprouvée, par le toucher d'une étoffe ou dans un lieu particulier, sont le point de départ de la plupart de mes tableaux. La nouvelle série 'Hotel' représente une chambre d'hôtel ordinaire, meublée d'un lit double garni d'une housse à volants. Une femme s’y trouve avec un homme.
Les séries de peintures renvoient à la construction d'un film ou d'un thriller érotique, pourtant la narration est fragmentée. Certaines scènes se présentent comme vues à travers une caméra de surveillance ; le couple dans la chambre n'a pas conscience d'être observé. Les oeuvres s'attachent à rendre toute la complexité de la scène : des moments d'intimité dans une chambre d'hôtel égarée, un œil extérieur qui vient s'immiscer dans cette intimité. La peinture se faisant voyeur." (Tiina Heiska)




"La femme des peintures de Tiina Heiska est lointaine, belle et désirable. Les vedettes féminines d’Hitchcock baignaient dans l’adoration des caméras, qui les transformaient en des archétypes glacés à la sexualité sublime. Tiina Heiska ne tente pas de reproduire le même effet, mais ses silhouettes sont tout aussi hors d’atteinte, indépendamment de leur aspect charnel. Les vêtements féminins chargés de symboles – bottes, talons aiguille, mini-jupes – sont des accessoires de travestis et nous ne voyons jamais entièrement les traits de cette femme ; elle les garde pour elle-même. Pour son observateur, elle représente une belle énigme, tout aussi fascinante que menaçante. Elle rappelle une identité dont on exigerait pérennité et vérité. La pérennité ne
peut toutefois jamais être atteinte et la mélancolie reste donc notre compagne à jamais" (Juha-Heikki Tihinen, Historien d'art)










Variations autour du bourreau avec Platonov Pavel


Platonov Pavel est un photographe russe. Cette série de portraits sombres me plaît particulièrement.
Seuls quelques accessoires et une maîtrise parfaite de la lumière ont réussis à rendre ces clichés mystérieux et angoissants.
Le lien de la galerie de photos de l'artiste sur flickr : http://www.flickr.com/photos/platonov_pavel/


Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, par Charles Baudelaire

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.









mercredi 1 février 2012

La splendide Madame Satan de Cecil B. De Mille

L'actrice Kay Johnson dans le rôle d'Angela Brooks


Madam Satan est un film réalisé en 1930 par Cecil B. De Mille,  l'histoire, somme toute assez banale, quelque peu mysogine peut laisser indifférent : "Les Brook forment un couple fortuné, mais Monsieur est un mari volage. Madame décide d'élaborer un plan pour reconquérir son époux."
Ce qui me marque le plus dans ce spectacle, c'est l'esthétique parfaite et intemporelle du film, réalisé en noir et blanc et dont certains costumes avant-gardistes pourraient aussi bien convenir dans un film de science-fiction actuel.