jeudi 21 avril 2011

Frantisek Drtikol, un des maîtres du nu


Frantisek Drtikol (1883-1961) est une figure significative de l'apport des artistes tchèques à la culture européenne. Maître du nu, son oeuvre est profondément marquée par le courant symboliste. L'identité photographique d'un pays, à la période de l'entre-deux guerres.

"Il incarne à lui seul l'esprit tchèque de l'entre-deux-guerres et la vitalité de la scène praguoise dont l'apport à la culture européenne reste essentiel.

Née du pictorialisme, l'oeuvre de Drtikol est profondément marquée, dans une première phase, par le courant symboliste.

Au tournant des années 1920, fonctionnalisme, cubisme, abstraction et art déco imprègnent ses recherches : la composition fait place à une géométrie nouvelle, l'éclairage se contraste, le nu se fragmente.

Éternelle Salomé



De Prague, où il fut le fameux portraitiste des élites en vogue, à Paris, où la publication de ses nus consacra sa renommée internationale, Frantisek Drtikol a imposé par sa technique magistrale, son originalité et sa profondeur conceptuelle une photographie résolument novatrice"

"Tout corps couché prend la ligne de l'horizon de l'âme. L'endormi devient le réveillé de l'ombre." (Platon)

"La beauté du corps est un avantage digne des animaux si l'intelligence ne la relève."(Démocrite)

"Le corps est la source de l'horreur chez les êtres humains. C'est le corps qui vieillit ; c'est le corps qui meurt."(David Cronenberg)
"L'obscénité n'apparaît que si l'esprit méprise et craint le corps, si le corps hait l'esprit et lui résiste."(L'Amant de Lady Chatterley - David Herbert Lawrence)
 "La terreur que l'esprit ressent devant le corps a rendu fous d'innombrables immortels."(Le Serpent à plumes - David Herbert Lawrence)

mardi 19 avril 2011

VANITAS VANITATUM ! - Vanité des Vanités

Vanité -  Van der Schoor, 1660 (Peinture Hollandaise)
 Les objets présentés sur cette table de pierre ne laissent rien à l’imagination du spectateur. Telle un ultime lieu de repos, elle est recouverte de crânes et d’os de toutes sortes, de pivoines roses, fanées, d’une chandelle presque consumée et d’un sablier. Le message transmis par cette juxtaposition d’objets est des simples: personne ne vit éternellement, et toute chose est éphémère.
    
"Vanitas Vanitatum !" (vanité des vanités, tout est vanité). Le terme traduit par "vanité" signifie littéralement "souffle léger, vapeur éphémère".
Juriaen van Streeck
Méditer sur la nature passagère et vaine  de la vie humaine, l’inutilité des plaisirs du monde face à la mort qui guette.
                                                                 Jacques de Gheyn
C'est également une catégorie particulière de nature morte de signification symbolique et philosophique très répandu à l'époque baroque, surtout en Hollande et qui subsiste de nos jours, composition allégorique qui tend à nous montrer la précarité de la vie humaine.
Harmen Steenwijck


Franciscus Gysbrechts
"Voilà Joseph-Godefroy Leibnitz qui a découvert que la matière est un assemblage de monades. Soit ; je ne le comprends pas, ni lui non plus. Eh bien ! mon âme sera une monade, ne me voilà-t-il pas bien instruit ? Je vais vous prouver que vous êtes immortel, me dit mon docteur. Mais vraiment, il me fera plaisir ; j'ai tout aussi grande envie que lui d'être immortel. Je n'ai fait la Henriade que pour cela ; mais mon homme se croit bien plus sûr d'être immortel par ses arguments que moi par ma Henriade : Vanitas vanitatum !"(Voltaire)

                                                         Jan Sanders Van Hemessen

Simon Renard de Saint André
Vanité par Albert Lozeau (Le Miroir des Jours)

Aux feux de mon esprit qui s’allume dans l’ombre,
Je me regarde vivre avec étonnement :
Une fierté triomphe en ma stature sombre,
Et je suis comme un roi promis au firmament !
Pieter Claesz
J’ai des chants de victoire au cœur, je me célèbre !
Comme autrefois David devant l’arche a dansé,
J’élève un hymne d’or à ma propre ténèbre,
Et d’un éclair divin je me sens traversé !

Je suis mon seul amour. Je suis grand. Je suis digne.
S’il est quelqu’un meilleur, c’est qu’il existe un Dieu !
Et mon être est marqué, comme l’élu, d’un signe
Tel qu’on en voit la nuit briller dans le ciel bleu !
Philippe de Champaigne
Vanité ! vanité ! ? Ta poussière superbe
Qui s’aime et se contemple, un vent l’emportera !
Et, comme après l’été splendide le brin d’herbe,
Ton corps, ton pauvre corps lentement pourrira !

Vanité des beaux yeux et vanité des lèvres,
Et vanité des mains où l’on s’est caressé !
Que restera-t-il donc des frissons et des fièvres
Quand l’agonie horrible et longue aura passé ?
Sébastien Stoskopff
La terre confondra dans une même fange
L’humble et celui qui fut de son âme orgueilleux,
Et rien n’apparaîtra sur leurs tombes d’étrange ;
Ils dormiront égaux et pareils sous les cieux
Pieter Claesz 
Vanité ! vanité ! ? Courbe ton front que dresse
Plus haut que ton destin l’ambitieux désir !
La mort, de toutes parts, avidement te presse,
Le néant d’où tu sors cherche à te ressaisir !
Bailly - Vanité au serviteur
Cris de gloire perdus, qu’on peut à peine entendre
Dans la sourde rumeur que fait l’humanité,
Vous montez dune bouche où reste un goût de cendre,
Vous n’êtes qu’un vain bruit par lui-même écouté !
Vanité Pompéi

Vanité ! ? Tout s’éteint, tout expire et tout passe,
L’astre dans sa clarté, le monde en son orgueil !
Et l’homme, qui remplit de tumulte l’espace,
Mesure sa grandeur aux planches du cercueil !     
Vanité en cire du XVIIème
Quelques vanités récentes :
                                                                 Vanité couronnée 
Vanité par Jake et Dino Chapman, les deux frères provocateurs du mouvement Young british artists.                  
Le crâne en diamants de Damien Hirst, première icône du XXIème siècle, est symptomatique du regain d’intérêt pour les vanités qui s’introduisent dans le domaine de l’art contemporain.
Andy Warhol Skull, 1976
Cindy Sherman,1992
McDermott and McGough, 1994

lundi 18 avril 2011

Vision sombre et transsexualité avec Christer Strömholm



Père de la photographie suédoise moderne, Christer Strömholm ( né le 22 juillet 1918 à Stockholm et mort le 11 janvier 2002.) continue d'exercer une grande influence sur l'ensemble de la scène photographique scandinave.

Son oeuvre a longtemps dérouté tant il paraissait difficile d'admettre qu'un photographe ait pu s'imprégner avec autant de profit des différents univers plastiques et critiques qu'il a côtoyés et explorés.

A partir de 1956 il concentre ses efforts et son œuvre sur les transsexuels du quartier de la Place Blanche: "Je ne m'y étais jamais intéressé.

Nous nous sommes rencontrés par hasard, et j'ai réalisé très vite que, quand vous vous interrogez sur la vie qu'il mènent, li devient difficile de ne pas prendre de photo" C'est notamment cette série de clichés, publiée en 1983 dans un ouvrage intitulé Les Amis de la Place Blanche , qui rend Christer Strömholm célèbre auprès du grand public hors de son pays natal.



Peu soucieux de sa médiatisation, Christer Stromholm n’acquerra une notoriété internationale qu’à partir des années 1980, confirmée en 1986 par une grande rétrospective au Musée d’art moderne de Stockholm. En 1965, quand cet anarchiste présente ses photos lors d’une exposition intitulée « A ma propre mémoire », dans le grand magasin NK, il provoque un scandale.

"Stockholm, 1965. La galerie du grand magasin NK propose une exposition de Christer Strömholm, le plus grand photographe scandinave, alors enseignant, et qui marquera trois générations de la photographie d'Europe du Nord.

Christer, qui ne s'est jamais préoccupé de son œuvre, ni du marché, qui a quitté très vite le groupe Fotoform d'Otto Steinert, montre ses images comme une évidence : des tirages de 50 x 60 cm, contrecollés sur Isorel, sans cadre, brutaux ou pour le moins directs, juste accrochés par une ficelle fixée au dos.

Trois jours après le vernissage, l'exposition est décrochée : elle est trop déprimante, trop radicale, en fait. Inacceptable à ce moment-là, qui veut de la douceur ou de l'anecdote. Le contraire absolu de Christer".


 "Si tu ne t’engages pas dans la vie, tu n’auras pas de bonnes photos"(Christer Strömholm)

"Le chaos en toi est la condition de ta créativité"(Christer Strömholm)


Aux sources d'Alice au Pays des Merveilles avec Lewis Carroll photographe


Lewis Carroll (de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson) est un romancier, essayiste, photographe et mathématicien britannique né le 27 janvier 1832 à Daresbury, dans le Cheshire et mort le 14 janvier 1898 à Guildford.
En 1856, il collabore en particulier avec le magazine The Train dont le rédacteur, Edmund Yates, choisira parmi quatre pseudonymes proposés par Charles Dodgson celui de Lewis Carroll.

Cette même année, traversé par le pressentiment de ce qui sera plus tard le spectacle cinématographique, il écrit dans son journal : « Je pense que ce serait une bonne idée que de faire peindre sur les plaques d’une lanterne magique les personnages d’une pièce de théâtre que l’on pourrait lire à haute voix : une espèce de spectacle de marionnettes ».

Il achètera son premier appareil photographique à Londres le 18 mars 1856. Quelques jours plus tard, il se rend dans le jardin du doyen Liddell au Christ Church College pour photographier la cathédrale. Il y trouve les trois fillettes Liddell dont Alice, sa future inspiratrice, et les prend pour modèle.
Lewis Carroll et ses modèles

Rapidement, il excelle dans l’art de la photographie et devient un photographe réputé. 
                                                                   Beatrice Henley
Son sujet favori restera les petites filles mais il photographie également des connaissances : peintres, écrivains, scientifiques ainsi que des paysages, statues et même des squelettes, par curiosité anatomique.

Cette passion durera jusqu’en 1880 et donnera naissance à quelques trois mille clichés dont un millier ont survécu au temps et à la destruction volontaire.
Lorina et Alice Liddell

                                                                              
Le temps du chef-d’œuvre, ce fut « au cœur d’un été tout en or », la journée du 4 juillet 1862. Le lieu, un canot sur la rivière, l’Isis, dans lequel se trouvaient Alice et ses deux soeurs, Lorina et Edith Liddell, ainsi qu'un collègue de Dodgson, Duckworth.


Alice, alors âgée de dix ans, fut l’inspiration de Charles Dodgson. Il l'amusait au moyen de devinettes ou de belles histoires composées à son usage.

L’histoire qu’il racontait par-dessus son épaule à Alice, assise derrière lui dans le canot, fut improvisée avec brio tout en maniant l’aviron. Lorsque la fille lui demanda d’écrire pour elle son histoire, il accomplit son chef-d’œuvre : un manuscrit des « Aventures d’Alice sous terre », précieusement calligraphié et illustré. Il l’offrira à son inspiratrice, Alice Liddell, le 26 novembre 1864.
                                                                          Alice
« Lewis Carroll a vu son moi comme dans une glace mais il n'a pas cru en réalité à ce moi, et il a voulu voyager dans la glace afin de détruire le spectre du moi hors lui-même avant de le détruire dans son corps même, mais c'était en même temps en lui-même qu'il expurgeait le Double de ce moi. »(Antonin Artaud)


Une photo d’Alice Liddell en mendiante, prise en 1858 par Charles Dodgson , alias Lewis Carroll. La fillette a inspiré le personnage d’Alice.

"On dit que nous autres photographes sommes au mieux une race aveugle, que dans les plus jolis visages nous ne pouvons voir qu'un rapport d'ombre et de lumière, que nous admirons rarement,que nous n'aimons jamais. C'est une erreur que je tiens à détruire." (Lewis Carroll)