vendredi 8 novembre 2013

Les planches anatomiques de Léonard de Vinci


Dans les années 1490 à Milan, Léonard de Vinci a schématisé le cerveau, figurant trois ventricules où se logent les quatre fonctions de l’intellect : la sensation, la mise en images, le jugement, la mémoire. Une organisation parfaite, à l’instar d’un monde créé par Dieu. Sur le même tracé où figure cette fantaisie sacrifiant aux croyances de son temps, le dessinateur séparait avec davantage de pertinence l’enveloppe du cerveau jusqu’à la pie-mère, membrane pourtant difficile à discerner à l’œil nu.
D’un côté, la foi d’une époque, imbibée de mythologie religieuse, toujours imprégnée des textes savants de l’Antiquité et des manuels qui continuaient d’en faire l’exégèse, sources que l’artiste consultait dans les bibliothèques des hôpitaux. De l’autre, le scalpel de son observation clinique. Entre les deux s’insère le crayon d’un des plus brillants dessinateurs de tous les temps.


Léonard a beaucoup pratiqué la dissection d’animaux, mais aussi d’hommes, dont il voulait tirer un traité d’anatomie. Il n’était pas seulement le génie artistique dont la réputation a gagné l’Europe de son vivant. Grâce aux milliers de pages qu’il a griffonnées, nous avons également idée de ses dons d’architecte et d’ingénieur, imaginant, avec plus ou moins de bonheur, un pont sur le Bosphore, un sous-marin, un char d’assaut ou un hélicoptère. De ses talents de musicien, qui avaient aidé à son introduction à la cour de Milan, pratiquement rien ne nous est parvenu. Quant à cette confrontation avec la biologie, elle est restée méconnue.

 Léonard a approché l’anatomie pour mieux répondre à son art. Les élèves étaient incités à étudier le corps pour le reproduire.Ils se contentaient souvent d’examiner une chèvre ou un chien, dont la morphologie était considérée comme semblable à celle d’un homme, toutes proportions gardées. Les corps humains, souvent ceux des suppliciés, étaient plus difficiles à obtenir. Pollaiuolo et Donatello étaient réputés être les premiers à en avoir dépecé un, au XVe siècle, pour améliorer la maîtrise du nu. L’Eglise autorisait cette pratique, que le pape a légitimée par une bulle en 1482. L’amphithéâtre d’anatomie faisait la fierté de la faculté de Padoue. Raphaël et Michel-Ange y ont eu recours, ce dernier très longuement avec le projet de publier un traité à l’usage des artistes.

De vingt-cinq ans son aîné, Léonard avait pu voir ses premières dissections dans l’atelier de Verrocchio, où il avait réalisé son apprentissage. Il s’était fait la main sur des animaux, poussant la curiosité jusqu’à détailler une patte d’ours. Quand, devenu célèbre, il eut le loisir de passer au corps humain, il brillait par son ingéniosité. En 1489, il a sectionné un crâne, mettant ainsi au jour les sinus, alors inconnus. L’idée d’une telle coupe lui était venue des dessins d’architecture. Il a numéroté correctement les dents, un sujet alors soumis à contestation : certains refusaient d’admettre que les femmes puissent avoir la même dentition que les hommes ou le même nombre de côtes, car cela contredisait le récit biblique. Mais, selon les termes même de Vinci, la science était au poste de commandement et la pratique formait sa troupe. Donnant ainsi le primat à l’observation et à l’expérimentation sur tout présupposé - d’ordre religieux, idéologique ou magique -, il devançait la science moderne de plusieurs siècles.





















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