lundi 23 janvier 2012

Sabbat de Sorcières et fantastique au 17ème siècle avec Salvator Rosa


Scènes de Sabbat de Sorcières



Salvator Rosa est un poète satirique, musicien, comédien de théâtre, graveur et peintre italien né en juin 1615 à Arenella, un quartier de Naples et décédé en mars 1673 à Rome.

Dans Rosa nous trouvons ce « désaccord » qui distingue toute une génération d'artistes, qui se posent en manière fortement critique dans les comparaisons du pouvoir politique et religieux.

A une époque où les artistes devaient humblement se soumettre à leurs employeurs, les papes, les cardinaux, les rois, Rosa avait une fière indépendance. C'était un esprit romantique avant la lettre doté d'une âme gothique.

A travers une production prolifique, Salvator Rosa a inventé la peinture romantique-impressionniste grâce à des tableaux allégoriques baignés d'une poésie envoûtante et mélancolique, peuplés de personnages fantaisistes, romantiques ou énigmatiques, les sujets philosophiques rivalisant avec les sujets macabres.

Contrairement à Caravage, Rosa fut vraiment un rebelle, radical, anti-clérical, associé à la pensée libertine, et souvent mit en danger par l'Inquisition.



L'Umana Fragilità



La devise de Salvator « aut tace aut loquere meliora silentio » (« Tais-toi, à moins que ce tu as à dire vaille mieux que le silence ») figure sur son autoportrait à la National Gallery à Londres.

Allégorie de la Fortune

La Tentation de Saint Antoine




dimanche 22 janvier 2012

De L'Héautontimorouménos aux Litanies de Satan avec Baudelaire et Diamanda Galas



Diamanda Galás (1955-) est une artiste d'avant-garde américaine, musicienne, poètesse et chanteuse, voilà des années que je suis une admiratrice inconditionnelle de cette diva dotée non seulement d'une voix hors du commun se développant sur trois octaves et demi, mais également d'une aura à la fois sombre et rayonnante.

Elle met en musique des textes de Paul Celan, Pier Paolo Pasolini, Gérard de Nerval, Henri Michaux, etc.

Le deuil, la souffrance, le désespoir, l'humiliation, l'injustice sont des thèmes récurrents de ses compositions, qu'elle chante, ou hurle d'une manière qui évoque parfois la glossolalie.

Son apparence, ses performances scéniques, volontiers provocatrices, alliés à ses engagements qui font d'elle une véritable activiste lui ont valu le surnom de « diva des dépossédés », lui donnant parfois un statut d'icône gothique.
Le site de l'artiste : http://www.diamandagalas.com/






L'Héautontimorouménos par Charles Baudelaire

Je te frapperai sans colère
Et sans haine, comme un boucher,
Comme Moïse le rocher !
Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon Saharah,
Jaillir les eaux de la souffrance.
Mon désir gonflé d'espérance
Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large,
Et dans mon coeur qu'ils soûleront
Tes chers sanglots retentiront
Comme un tambour qui bat la charge !

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?

Elle est dans ma voix, la criarde !
C'est tout mon sang, ce poison noir !
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde.

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon coeur le vampire,
- Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !





"Les Litanies de Satan", (Les Fleurs du Mal), par Charles Baudelaire

O toi, le plus savant et le plus beau des Anges,
Dieu trahi par le sort et privé de louanges,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

O Prince de l'exil, à qui l'on a fait du tort,
Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines,
Guérisseur familier des angoisses humaines,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, même aux lépreux, aux parias maudits,
Enseignes par l'amour le goût du Paradis.

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

O toi qui de la mort, ta vieille et forte amante,
Engendras l'Espérance, - une folle charmante!

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui fais au proscrit ce regard calme et haut
Qui damne tout un peuple autour d'un échafaud,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui sais en quels coins des terres envieuses
Le Dieu jaloux cacha les pierres précieuses,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi dont l'œil clair connaît les profonds arsenaux
Où dort enseveli le peuple des métaux,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi dont la large main cache les précipices
Au somnambule errant au bord des édifices,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, magiquement, assouplis les vieux os
De l'ivrogne attardé foulé par les chevaux,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, pour consoler l'homme frêle qui souffre,
Nous appris à mêler le salpêtre et le soufre,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui poses ta marque, ô complice subtil,
Sur le front du Crésus impitoyable et vil,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui mets dans les yeux et dans le cœur des filles
Le culte de la plaie et l'amour des guenilles,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Bâton des exilés, lampe des inventeurs,
Confesseur des pendus et des conspirateurs,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Père adoptif de ceux qu'en sa noire colère
Du paradis terrestre a chassés Dieu le Père,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

PRIÈRE

Gloire et louange à toi, Satan, dans les hauteurs
Du Ciel, où tu régnas, et dans les profondeurs
De l'Enfer, où, vaincu, tu rêves en silence!
Fais que mon âme un jour, sous l'Arbre de Science,
Près de toi se repose, à l'heure où sur ton front
Comme un Temple nouveau ses rameaux s'épandront!






Quelques illustrations réalisées par Diamanda Galas




Self-portrait

samedi 21 janvier 2012

Chaos, fétichisme et dark fantasy avec Jiansong Chain




Sonnet : "Le Mépris de la vie et Consolation contre la mort," par Jean-Baptiste Chassignet (1571 - 1635)

Mortel pense quel est dessous la couverture
D’un charnier mortuaire un corps mangé de vers,
Décharné, dénervé, où les os découverts,
Dépoulpés, dénoués, délaissent leur jointure :

Ici l’une des mains tombe de pourriture,
Les yeux d’autre côté détournés à l’envers
Se distillent en glaire, et les muscles divers
Servent aux vers goulus d’ordinaire pâture :

Le ventre déchiré cornant de puanteur
Infecte l’air voisin de mauvaise senteur,
Et le nez mi-rongé difforme le visage ;

Puis connaissant l’état de ta fragilité,
Fonde en Dieu seulement, estimant vanité
Tout ce qui ne te rend plus savant et plus sage.




Chain et Jane (Jiansong Chain) sont deux artistes de Pékin travaillant en couple ; l'un est diplômé en art, l'autre est designer de mode.

Ils nous plongent avec réalisme dans un univers de dark fantasy et d'horreur, coloré et riche en détails où les protagonistes des illustrations semblent se complaire dans le chaos.










jeudi 19 janvier 2012

Entre femme macabre et muse vénale avec Dave Caulder III et Baudelaire


Illustrations : Macabre Art (The 9th Circle) - The 9th circle is a collective representation of images created, owned and copyrighted by David Caulder III
Les sites de l'artiste : http://www.severed-heads.deviantart.com/
 http://www.myspace.com/circleix


La muse vénale par Charles Baudelaire

Ô muse de mon coeur, amante des palais,
Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?

Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées
Aux nocturnes rayons qui percent les volets ?
Sentant ta bourse à sec autant que ton palais,
Récolteras-tu l'or des voûtes azurées ?

Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant de choeur, jouer de l'encensoir,
Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère,

Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,
Pour faire épanouir la rate du vulgaire.


















mercredi 18 janvier 2012

Entre passé, présent et futur avec Bonni Reid



Bonni Reid vit près de Vancouver, en Colombie-Britannique. Ses oeuvres surréalistes sont souvent assaisonnées d'une pointe d'humour qui ne fait que raviver l'atmophère étrange qui en émane. Attirée par le passé et la science-fiction, elle marie les genres, les styles et les époques avec virtuosité.
Le site de l'artiste : http://bonnireid.com/