lundi 22 novembre 2010

Formules magiques de Mersebourg


Formules magiques de Mersebourg

Les formules magiques de Mersebourg (en allemand Die Merseburger Zaubersprüche, en français aussi les paroles magiques) sont deux incantations magiques médiévales écrites en vieux haut allemand (ce terme désigne la plus ancienne forme écrite de la langue allemande pour la période de 750 à 1050), tirées de la littérature épique dans lesquelles on peut retrouver notamment, la source du Panthéon germanique.

"L'une qui montre Wodan, le dieu tout-puissant guérissant l'entorse de son cheval et réussissant là où les déesses ont échoué, l'autre qui dépeint des femmes divines, les idisi, semblables aux Valkyries, enchaînant les prisonniers faits à l'ennemi et, par le prestige de leur chant, arrêtant l'élan de l'adversaire ou bien délivrant les captifs de leur parti." (Arthur Chucquet, "Histoire de la Littérature Allemande", 1909).

Ce sont les seuls documents existants de nos jours relatifs aux anciennes croyances païennes germaniques conservées en langue tudesque.

Elles ont été découvertes en 1841 par Georg Waitz dans un manuscrit théologique se trouvant à l'origine à l'abbaye de Fulda, fondée par Raban Maur, endroit prestigieux où se trouvaient environ 2000 manuscrits, qui auraient été écrits au IXeme siècle ou Xeme siècle.
La date d'écriture des formules en elles-mêmes reste incertaine.


                                                      Raban Maur (Abbaye de Fulda)
Le manuscrit (Cod. 136 f. 85a) est conservé dans la bibliothèque de la cathédrale de Mersebourg, d'où le nom.

Chaque formule se décompose en deux parties : un préambule traitant de l'histoire d'un évènement mythologique ; et la formule en elle-même sous la forme d'une analogie magique (comme il était autrefois... devrait aussi être aujourd'hui...). Dans la forme de leurs vers, les formules sont de type transitionnel : des allitérations se mêlent aux rimes terminaux développés par la poésie chrétienne du IXème siècle.

Parmi les premiers peuples germaniques, les incantations avaient la fonction de « rendre utilisables, grâce à l'emploi de mots envoutants, les pouvoirs magiques que les hommes voulaient voir les servir ». Celles-ci ont en grande partie survécu au temps, particulièrement dans les régions de langue germanique. Toutefois, elles datent toutes du Moyen Âge, et subissent par conséquent l'influence du christianisme. Ce qui est unique dans les formules magiques de Mersebourg est qu'elles reflètent très clairement leur origine pré-chrétienne (d'avant l'an 750). Elles ont été transposées à l'écrit pour une raison inconnue auXème siècle par un ecclésiastique, probablement dans l'abbaye de Fulda sur une page blanche d'un livre de liturgie passé par la suite à la bibliothèque de Mersebourg. Les formules ont ainsi été transmises en minuscules carolingiennes sur une page de garde d'un livre de messes en latin.

A signaler également, que les formules magiques de Mersebourg sont une source d'inspiration pour différents groupes de rock et de musiciens allemands dont "In Extremo".

The Valkyrie's Vigil, par Edward Robert Hughes 

La première formule est un « Lösesegen » (bénédiction de libération) décrivant comment des « Idisen » (femme Valkyrie) délivrent de leurs fers des guerriers capturés lors d'une bataille. Les deux dernières lignes contiennent les mots magiques « Sautez hors des chaînes, échappez à l'ennemi » qui sont censés libérer les guerriers

Formule 1 : Libération des prisonniers

Eiris sazun idisi
sazun hera duoder.
suma hapt heptidun,
suma heri lezidun,
suma clubodun
umbi cuoniouuidi:
insprinc haptbandun,
inuar uigandun.
    
Autrefois les Idisi étaient assises,
assises ici et là.
Certaines attachèrent l'ennemi,
Certaines maintinrent leur armée,
Certaines défirent les liens
des braves :
Sautez hors des chaînes,
échappez à l'ennemi.
                           Odin chevauchant Sleipnir, tiré d'un manuscrit islandais datant du XVIIIe.


Phol (ou Balder) est avec Odin quand le cheval de Balder se brise la jambe dans la forêt. Odin dit alors : « Os à os, sang à sang, membre à membre, comme s'ils étaient collés ». Des images du ve ou vie siècle montrent Odin guérissant un cheval. Malheureusement, les noms des autres dieux ne peuvent être identifiés avec certitude ; les seuls noms sûrs sont « Uuôdan » (Wodan, Wotan, Odin) et « Frîia » (Freyja, une des amantes d'Odin). Comme pour les autres noms, il n'est même pas certain qu'il s'agisse réellement des noms des dieux étant donné que plusieurs interprétations de traduction sont possibles.
Formule 2 : Guérison du cheval

Phol ende uuodan
uuorun zi holza.
du uuart demo balderes uolon
sin uuoz birenkit.
thu biguol en sinthgunt,
sunna era suister;
thu biguol en friia,
uolla era suister;
thu biguol en uuodan,
so he uuola conda:
sose benrenki,
sose bluotrenki,
sose lidirenki:
ben zi bena,
bluot zi bluoda,
lid zi geliden,
sose gelimida sin.
    
Phol et Odin
chevauchaient dans les bois,
Lorsque le poulain de Phol
se foula la patte.
Un sort lui fut jeté par Sinthgunt,
et sa sœur Sunna.
Un sort lui fut jeté par Freyja,
et sa sœur Volla.
Un sort lui fut jeté par Odin,
comme lui seul le savait :
Que soit un os foulé,
Que soit le sang foulé,
Que soit le membre foulé :
Os à os,
Sang à sang,
Membre à membre,
Comme s'ils étaient collés.
    

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