dimanche 24 juin 2012

Curiosité : Les Machines Anatomiques du Prince Raimondo di Sangro


Les "machines anatomiques" du Prince Raimondo di Sangro sont deux cadavres humains grandeur nature, suspendus verticalement et enchâssés dans deux présentoirs distincts, en bois blanc vitrés antérieurement, se faisant presque vis-à-vis à moins de deux mètres de distance, datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle (estimation : 1763-64), dont seuls les os et le système cardio-vasculaire sont presque intégralement conservés (ainsi que quelques organes). Conservant une arborescence complète d'un sang coagulé, dans ses teintes rouge corail et bleutée, elles se présentent comme un homme et une femme préservés dans les souterrains de La Piatella (Temple de la Piété), actuelle chapelle privée de San Severo (Santa Maria della Pietà, dépendant de la famille d'Aquino), de style renaissance napolitaine et proche du centre historique de la ville.


Leur identité est parfaitement inconnue. D'aucuns penchent pour des domestiques du Prince, l'assistant dans ses travaux alchimiques (ils furent découvert dans le laboratoire même du Prince, puis transférés dans la principale chambre souterraine de la chapelle, appelée alors l'appartement du Sphynx). Une lettre écrite de la propre main du Prince et décrivant les corps, datée de 1766, abonde en ce sens. D'autres pensent que le cadavre mâle n'est autre que le Prince lui-même, empoisonné par ses propres et fort nombreux ennemis (membres du clergé, francs-maçons — dont il fut un temps l'un des membres —, etc.), son décès (en 1771) étant cependant semble-t-il aussi lié à un malencontreux empoisonnement lors d'une de ses expériences secrètes. Le fœtus d'un nouveau-né de sexe féminin, conservé également par le même procédé, fut dérobé sur place durant les années 1960.


Le Prince, éclectique scientifique, avait pour but de ressusciter dans ses laboratoires tous types d'êtres vivants à partir de leurs cendres, grâce notamment, à ses connaissances alchimiques poussées. Il arrivait à conserver intacte la forme de crânes, malgré une combustion prolongée. La question se pose encore de savoir si le Prince fut directement le créateur de ces « œuvres » ou s'il ne fut qu'un simple « mécène » en la matière et si l'opération s'effectua sur un couple (voire un trio) d'êtres humains vivants ou morts. Il est de notoriété locale que de vieilles napolitaines se signent encore à la seule évocation verbale du nom du Prince.


Hypothèses de création

Une solution à base de mercure, injectée dans le système vasculaire, pétrifiant l'ensemble du réseau. L'aspect assombri des couleurs du résultat final prêche en ce sens. Rappelons cependant que les aiguilles creuses et effilées en biseau ne furent inventées que durant la seconde moitié du XIXe siècle, après la seringue à piston de Charles Gabriel Pravaz en 1841.

La visualisation de l'ensemble du réseau sanguin implique un corps encore vivant, pour pomper de l'intérieur la solution métallique présumée, dans ce cas de figure.

Les corps furent découverts alors que l'anatomie vasculaire humaine n'était pas connue avec grande précision, ce qui infirme en partie l'hypothèse d'une reconstitution artificielle.

L'empoisonnement progressif a également été évoqué. Les deux corps ne possédant plus d'estomac, il se pourrait alors que les pétrificateurs aient voulu effacer toute trace de leur forfaiture.

Le corps de l'homme est beaucoup plus dégradé que celui de la femme, qui conserve un globe oculaire bien sphérique et brillant. Manque ainsi une grande partie du bas réseau vasculaire masculin, à hauteur du tiers inférieur des cuisses. Les vaisseaux du visage sont absents chez l'homme et l'ossature de ses deux pieds a disparu. Ces faits peuvent corroborer la piste de bourreaux du Prince, s'étant acharnés sur son corps. Celui de la femme est posé sur un socle tournant, son membre supérieur droit semblant prendre une attitude d'auto-défense. Elle était enceinte et son placenta reste visible entre ses pieds, conservant de plus la forme du fœtus sus-cité.

La création du triptyque de la machine anatomique de Di Sangro a pu être commandée à un médecin anatomiste de Palerme, Domenico Giuseppe Salerno, comme le suggère un contrat encore conservé dans le bureau d'un notaire de Naples, établi entre le Prince et ce personnage : à partir de deux ou trois squelettes humains, le Prince se serait ainsi engagé à fournir au médecin du fil et de la cire de couleur (en utilisant alors un procédé de son invention) pour reconstruire l'arbre circulatoire et fournir ainsi un modèle pédagogique précieux pour les étudiants de l'époque et à venir.

Quoi qu'il en soit, la famille d'Aquino, en partie issue d'un milieu d'avocats napolitains, s'est très longtemps opposée à une analyse scientifique détaillée des deux pièces encore exposées. Quelques examens préliminaires ont cependant été effectués et les résultats rendus publics, durant les années 1950. L'ensemble du réseau sanguin solidifié serait ainsi composé pour un sixième de particules métalliques.

En 2008, des scientifiques de l'Institut d'Archéologie de l'University College de Londres (UCL) ont conclu, après analyse de fragments du réseau, que ce dernier était en fait composé de fibres de soie et de petits câbles métalliques, enrobés de cire de couleur, nécessitant quoi qu'il en soit une dextérité hors norme associée à des connaissances anatomiques incongrues pour l'époque. Les organes internes restants n'ont, quant à eux, pas été examinés. (Source Wikipedia)


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