mercredi 19 octobre 2011

Un monde étrange entre Sam Weber et H.P. Lovecraft



Les illustrations sont de Sam Weber, artiste né en Alaska et qui vit maintenant à New York où il travaille pour de nombreuses publications ((The New Yorker, The New York Times, Time Magazine, Rolling Stone) mais aussi pour DC Comics...)
Ses dessins errent quelque part dans le grand XIXème siècle, perdu entre Poe et Lovecraft, Jack L’Eventreur et Conan Doyle.
Le site de l'artiste : http://sampaints.com/



LE LAC DU CAUCHEMAR par H.P. Lovecraft

 Il y a un lac dans la lointaine contrée de Zan,
Au-delà des régions habitées par l'homme,
Où médite, seul et dans un état affreux,
Un esprit mort et affligé
Un esprit très ancien et profane,
Lourd d'une mélancolie redoutable,
Qui des eaux ternes et profondes
Fait surgir des vapeurs chargées de pestilence.
Sur ses berges, un bourbier d'argile,
Se vautrent des choses offensantes par leur corruption,
Et les oiseaux étranges qui atteignent ce rivage
Sont inconnus des mortels.
Ici, le jour, brille un soleil ardent
t Sur des étendues vitreuses que personne jamais ne contemple,
Et ici, la nuit, les pâles rayons de la lune
S'écoulent vers les profondeurs lui s entrouvrent en dessous.
Seulement dans les cauchemars il est dit
Quelles scènes se déroulent sous ces rayons lunaires
Quelles scènes, trop anciennes pour la vue de l'homme
Gisent là-bas, englouties dans une nuit sans fin
Car, dans ces profondeurs, vont et viennent
Les ombres d'une race sans voix.
Par une nuit exhalant les relents du mal,
J'ai vu ce lac, endormi et tranquille;
Dans le ciel blafard voguait
Une lune gibbeuse qui brillait et brillait.
J'ai vu ses étendues fangeuses
Et les créatures immondes se vautrant dans ses marécages ;
Lézards et serpents convulsés et mourants ;
Corbeaux et vampires se putréfiant ;
Tous ceux-là, et allant et venant sur les cadavres,
Des insectes nécrophages cherchant leur nourriture.
Comme la lune terrifiante montait dans le ciel,
Occultant et chassant les étoiles,
je vis les eaux ternes du lac briller
Et apparaître des choses englouties en ses profondeurs.
Là-bas, à des lieues innombrables, luisaient
Les tours d'une ville oubliée ;
Les dômes ternis et les murs couverts de mousse
Des flèches aux algues emmêlées et des salles vides
Des temples abandonnés et des souterrains d'épouvante,
Et des rues dont l'or n'était pas convoité.
Comme je contemplais la ville engloutie, j'aperçus Une horde d'ombres sans forme
Une horde malsaine qui avançait lentement
Et entourait en une danse hideuse
Des sépulcres visqueux,
Proches d'un chemin jamais emprunte.
Sortant de ces tombes une houle monta
Et vint troubler le calme maussade des eaux,
Tandis que des ombres funestes venues de l'espace éthéré
Hurlaient à la face sardonique de la lune.
Alors le lac s'enfonça vers son lit,
Aspiré vers les cavernes des morts,
Bientôt de la terre mise à nu et empestant
S'élevaient en volutes fétides des vapeurs d'une origine délétère.
Tout autour de la cité, presque découverte,
Les ombres monstrueuses dansaient et tournoyaient,
Lorsque, regardez ! en un mouvement soudain s'ouvrirent
Les portes de chaque sépulcre !
Aucune oreille ne doit entendre ; aucune langue ne saurait dire
Quelle horreur sans nom surgit à cet instant.
je vois ce lac, cette lune grimaçante,
Cette cité et les choses en ses murs...
Réveillé, je prie pour que sur cette rive
Le lac du cauchemar ne s'enfonce jamais plus










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