jeudi 14 juillet 2011

Invocation à Vénus avec Arthur Rimbaud et Valentine Hugo


Valentine Hugo, née Valentine Marie Augustine Gross, est une peintre française, née à Capécure, près de Boulogne-sur-Mer, le 16 mars 1887 et morte à Paris en 1968.

De 1907 à 1910, Valentine Gross étudie aux Beaux-Arts à Paris et plus tard, après 1920, fréquente le groupe des Six dont notamment Georges Auric et, également, les écrivains Jean Cocteau et Raymond Radiguet.

En 1919, elle épouse le peintre Jean Hugo et collabore avec lui pour les costumes des spectacles de Jean Cocteau « Les Mariés de la Tour Eiffel » (1921) et « Roméo et Juliette » (1924). Elle s'en sépare quelques années plus tard après sa rencontre avec les surréalistes vers 1926.
                                                   André Breton-Valentine Hugo "Cadavre Exquis"
En 1929, elle a une liaison avec Paul Éluard que Gala vient de quitter, puis, en 1930, avec André Breton.
Jusqu’en 1937, elle peint le portrait de plusieurs surréalistes et illustre les œuvres de René Char, René Crevel, Éluard, mais également Lautréamont et surtout la réédition des Contes bizarres d’Achim von Arnim dont Breton écrit la préface.
                                                  Pour les  "Contes bizarres" d'Achim von Arnim
Elle participe au Salon des Surindépendants, à Paris (1933) et à l’exposition Fantastic art, Dada, Surrealism au Museum of Modern Art de New York (1936). Affectée par le suicide de René Crevel (1935) et par les départs de Char, Tristan Tzara et Paul Éluard, Valentine Hugo quitte le groupe à son tour et se détourne du surréalisme.
                                                                       Marquis de Sade
En 1942, elle retrouve Paul Éluard pour La Conquête du monde par l'image. Elle termine sa vie seule et dans la gêne.
                                                               

Des strass sont incrustés dans le panneau. L’artiste a collé dans le coin inférieur droit du tableau le sceau de Ménélik II, Négus d’Ethiopie, et des extraits de la lettre écrite à Rimbaud, soulignés d’éclairs de strass.

"Entouré de corbeaux, un oiseau blanc aux ailes rougies de sang – qui s’égoutte jusque sur les lèvres du poète et les plumes de l’aigle renversé – couronne le visage de Rimbaud émergeant d’un fleuve rouge sang. Des strass forment une constellation autour de la composition et zèbrent les extraits d’une lettre et le sceau de Ménélik II, futur négus d’Éthiopie."
                                                           Les sept visages d'Arthur Rimbaud

Invocation à Vénus par Arthur Rimbaud, 1869

Mère des fils d'énée, ô délices des Dieux,
Délices des mortels, sous les astres des cieux,
Vénus, tu peuples tout : l'onde où court le navire,
Le sol fécond : par toi tout être qui respire
Germe, se dresse, et voit le soleil lumineux !
Tu parais... A l'aspect de ton front radieux
Disparaissent les vents et les sombres nuages :
L'Océan te sourit ; fertile en beaux ouvrages,
La Terre étend les fleurs suaves sous tes pieds ;
Le jour brille plus pur sous les cieux azurés !
Dès qu'Avril reparaît, et, qu'enflé de jeunesse,
Prêt à porter à tous une douce tendresse,
Le souffle du zéphir a forcé sa prison,
Le peuple aérien annonce ta saison :
L'oiseau charmé subit ton pouvoir, ô Déesse ;
Le sauvage troupeau bondit dans l'herbe épaisse,
Et fend l'onde à la nage, et tout être vivant,
À ta grâce enchaîné, brûle en te poursuivant !
C'est toi qui, par les mers, les torrents, les montagnes,
Les bois peuplés de nids et les vertes campagnes,
Versant au coeur de tous l'amour cher et puissant,
Les portes d'âge en âge à propager leur sang !
Le monde ne connaît, Vénus, que ton empire !
Rien ne pourrait sans toi se lever vers le jour :
Nul n'inspire sans toi, ni ne ressent d'amour !
À ton divin concours dans mon oeuvre j'aspire !...
                                                                            Rimbaud


                                                     Valentine Hugo, Radiguet et Jean Hugo

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