jeudi 15 mars 2012

Portraits de la damnation éternelle de Dante avec Paolo et Francesca

Henri Martin, Paolo di Malatesta et Francesca da Rimini aux Enfers, 1883 - Musée des Beaux-Arts, Carcassonne.

Les ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile, par Ary Scheffer, 1835

L'Âme de Paolo et Francesca, par Gustave Doré

Paolo et Francesca sont deux figures d'amants entrés dans l'imaginaire sentimentale populaire en devenant l’image par excellence de la passion amoureuse. Ces deux personnages n'appartiennent pas seulement à la littérature, mais aussi à l'histoire car Paolo Malatesta et Francesca da Rimini ont réellement vécu au Moyen Âge.

Les deux jeunes amants sont immortalisés dans le Chant V de l’Enfer de La Divine Comédie de Dante qui transforma cette tragédie en véritable mythe, croisant les thèmes populaires de l’amour interdit et de la damnation éternelle.

Gustave Doré
Paolo et Francesca ( Dante, Enfer chant V,
88-142, traduction par A. Pézard)

 (…)

 « O créature gracieuse et bénigne,
            qui vas cherchant dans les pourpres ténèbres
            nous autres dont le sang teignit la terre,

si nous étions en grâce au roi des cieux,
            nous le prierons de t’accorder sa paix
            pour la pitié que tu as de nos peines.

De tout ce qu’il vous plaît ouïr et dire
            nous parlerons à vous et entendrons,  
            puisqu’en ce point le vent semble se taire.

Sur la marine où descend et s’apaise
            le Po suivi d’un large train de fleuves
            est assise la ville où je fus née ;

Amour qui tôt s’enflamme en gentil cœur
            éprit cestui des beautés qui me furent
            arrachées ; et sa force encor me blesse.

Amour qui onque à l’aimé ne fait grâce
            d’aimer aussi, aux plaisances de lui
            me prit si fort qu’encore n’en suis quitte.

Amour nous conduisit à même mort :
            Caïne attend celui qui nous meurtrit »  
            Ce dit la voix qui pour les deux parlait.

Quand j’eus ouï ces âmes offensés,
            tant longuement restai-je le front bas
            qu’enfin mon maître dit : «  Que songes-tu ? »

Quand me revint la voix :  « Las ! » murmurai-je,
          « combien de doux pensers, quel haut désir
          mena ceux-ci au douloureux trépas ! »

Puis à eux me tournai, voulant répondre,
          et commençai : «  Françoise, tes martyres
          me font triste à pleurer piteuses larmes.

Mais dis : en la saison des doux soupirs,
          à quel signe et comment permit Amour
          que connussiez vos incertains désirs ? »

Et elle à moi : « Il n’est plus grand douleur
          que de se remembrer les jours heureux
          dans la misère ; et ton docteur le sait.

Mais si tu as affection tant vive
à suivre notre amour dès la racine,
bien sais-je l’art de pleurer et de dire.

Ensemble, un jour, nous lisions par plaisance
          de Lancelot, comme Amour l’étreignit :
          seulets étions, et sans soupçons de nous.

A plusieurs coups nous fit lever les yeux
          cette lecture et pâlir le visage ;
          mais seul un point fut ce qui nous vainquit.

Quand la riante lèvre et désirée
          vîmes baiser par un si preux amant,
          cestui, dont il n’est sort qui me délie,

la bouche me baisa, tremblant d’angoisse.
          Galehaut fut le livre et son trouvère :
          et ce jour-là ne lûmes plus avant. »

Tandis que ce disait l’une des ombres,
          l’autre pleurait ; si bien que de pitié
          je pâmai, cuidant la mort sentir ;

et chus, comme corps mort à terre tombe.    


Dante, Virgile observant Paolo et Francesca par Giuseppe Frascheri  en 1846

La mort de Paolo et Francesca par Alexandre Cabanel, 1870                

Triptyque de Dante Gabriel Rossetti, "Paolo and Francesca da Rimini", 1855

George Frederic Watts, 1875      

Le Cercle des luxurieux (1824-1827) est une aquarelle de William Blake représentant Francesca da Rimini et Paolo Malatesta    

 Alessandro Kokocinski, 1995

Virgile réconforte Dante à la vue de Paolo et Francesca par Henry Fuseli
     

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