dimanche 8 janvier 2012

Paul Nougé, le poète surréaliste et la subversion des images

 La Jongleuse, de la série "Subversion des images" 

Paul Nougé, né à Bruxelles le 13 février 1895 et mort à Bruxelles le 6 novembre 1967, est un poète belge, instigateur et théoricien du surréalisme en Belgique, le « Breton belge », a-t-on dit.


"Il y a une légende Nougé. Elle tient à ce nom qu'on connaît, Paul Nougé, que l'on cite dans tous les milieux littéraires, dont on dit : Ah oui, Paul Nougé, ce fabuleux poète, ce grand théoricien du surréalisme. Je ne l'ai jamais lu. Mais personne, ou presque personne, n'a lu Paul Nougé. C'est là que la légende rejoint le mystère. Paul Nougé, considéré par André Breton comme l'égal des grands, ami personnel de Francis Ponge, René Magritte, etc.. qui l'estimaient au premier rang, na jamais songé à se faire publier. Parfois, l'amité lui arrachait, avec grand effort, un texte édité dans quelque revue confidentielle.
Mais ce merveilleux ouvrier du vers, ce poète admirablement doué poussait le surréalisme jusqu'à sa plus ultime visée : la ruine de la littérature et l'anéantissement de son oeuvre personnelle." (Robert Georgin)



RÉFLEXIONS À VOIX BASSE

La défiance que nous inspire l’écriture ne laisse pas de se mêler d’une façon curieuse au sentiment des vertus qu’il faut bien lui reconnaître. Il n’est pas douteux qu’elle ne possède une aptitude singulière à nous maintenir dans cette zone fertile en dangers, en périls renouvelés, la seule où nous puissions espérer de vivre.
L’état de guerre sans issue qu’il importe d’entretenir en nous, autour de nous, l’on constate tous les jours de quelle manière elle le peut garantir.
Nous lui devons d’éprouver l’extrême de la tentation, certains moyens aussi de la mettre en échec.

Ce tour précaire, cette démarche équivoque, une sournoise humilité, — est-il d’autre raison de lui être fidèle ?

…L’on peut faire en sorte de croire ici à un abus de confiance, aux cruautés habituelles du langage naïvement sollicité.
L’on imaginerait la venue d’un doute essentiel, et que l’on se veuille palper comme un objet pour s’assurer de sa propre existence. Il faut alors qu’émergent les intentions les plus secrètes, que se définissent de précieuses incertitudes. . l’on se rassure doucement, si l’on avance en soi comme dans un monde de formes et de couleurs immobiles. Il n’en est plus bientôt qui ne se doivent reconnaître. L’on s’arrête enfin lorsque tout est nommé, que l’on peut se relire comme une page d’écriture.


Si le drame que l’on soupçonnait franchit ces lèvres obstinément serrées, s’il en vient à se dénouer dans la clarté trompeuse des confessions sans réticences, comment alors ne pas s’émouvoir ?

Pareille surprise du langage, il semble qu’intervienne une habitude mal conjurée.
Nous faudrait-il songer à l’audace malheureuse, aux révoltes sans lendemain ?

« Les mots sont sujets à se grouper selon des affinités particulières, lesquelles ont généralement pour effet de leur faire recréer le monde sur son vieux modèle. »

Une semblable clairvoyance demeure sans doute le gage de quelque rupture profonde, imprévisible.

PAUL NOUGÉ



Paul Nougé, Le bras révélateur, de la série "La subversion des images" (1929-1930).

Les Voyantes



La naissance de l'objet, 1929

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